Le thème des petits rôles voire des rôles muets me travaille depuis longtemps. Ça commence peut-être il y a plusieurs années, je joue dans Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare où je suis distribuée en tant qu’Hippolyta. Qui est Hippolyta ? On s’en souvient rarement, elle est la future femme du duc d’Athènes, Thésée. Celle pour qui on organise toute cette fête. Elle n’est présente qu’au premier et au dernier Acte, elle a une dizaine de répliques, creuses et douces.
Au-delà du questionnement sur les partitions offertes aux femmes, je me demande aussi comment se sont senties toutes les actrices qui ont joué Hippolyta. À quoi pensaient-elles sur le plateau tandis que les autres parlaient ? À quoi pensaient-elles dans les loges ? Comment se sentaient-elles au moment des saluts ? Se demandaient-elles si elles étaient utiles ? Si elles avaient servi la fable ? Moi je me le demandais.
Dans Bruire, j’ai pris le partie d’une fantasmagorie nocturne, où se rencontrent au coeur d’un parc attenant à un opéra, une figurante, Virz et un buisson, Mirle. Le buisson parle, le buisson, on le découvrira plus tard est une femme, anciennement actrice, qui s’est retirée de la société, qui a perdu pied. Tandis que se joue l’opéra où Virz devait figurer, ces deux êtres se racontent et se rencontrent, comme on peut se raconter et se rencontrer dans la nuit, jouant des jeux d’identification et de désidentification. Parfois au bord de la folie, parfois au bord du désespoir, toujours un peu à la marge Mirle et Virz par le dialogue qu’elles nouent questionnent l’industrie du spectacle (aussi au sens de société du spectacle de Debord) et le rôle qu’on y joue. Si l’on peut penser aux métamorphoses ovidiennes, ce texte parcouru de questions mi-existentielles mi-absurdes, sera finalement surtout celui de femmes qui n’en ont pas fini de chercher leur place dans le monde, leur place rêvée ou possible, leur place juste; le tout sous l’égide d’un humour doux-amer.
La langue est orale, poétique et émotive, elle se constitue dans un certain rythme marqué par les retours à la ligne qui scandent le phrasé comme des mots que l’on cherche avant de tomber sur eux.