LA PLACE DU DIAMANT

Mercè Rodoreda

Editions Gallimard

Gilles Bouillon

L’histoire…

1936 Barcelone, une femme du peuple catalan, Natalia, raconte avec une ingénuité de naissance, les derniers mois de la république, la guerre civile, les premiers temps du franquisme. Elle n’a pas essayé de comprendre les revirements de l’Histoire, elle ne s’est pas non plus préoccupée d’elle même : elle n’a été sensible qu’aux caresses, méchancetés, drôleries de son mari qui l’a rebaptisée Colometa, petite colombe. Lui va rejoindre le front républicain et s’y faire tuer. Colometa ne va plus penser qu’aux moyens de survivre, de protéger du froid et de la faim, ses deux enfants qui lui donnent envers et contre tout des accès de douceur.

L’attachement des Catalans à Colometa va de soi : elle est héroïne sans le savoir. C’est la simplicité pure de ce qu’elle sent, de ce qu’elle dit qui nous font accéder aux profondeurs de l’Histoire.

 

 

LA PLACE DU DIAMANT © Nathalie Giraud

Natalia mère courage de Catalogne

 Dans La Place du diamant Mercè Rodoreda donne la parole à Natalia, petite marchande de bonbons de Barcelone dans les années 30. C’est une héroïne mais qui ne le sait pas. Une femme que nous ne voyons pas d’habitude au théâtre. Ces femmes nous les voyons à la télévision, elles serrent contre elles leurs enfants, c’est au Burkina, en Syrie, ailleurs, partout où l’histoire bascule dans la violence. Natalia a un mari qu’elle adore et deux enfants.

1936 : le Front républicain. Elle voit son mari dévaler l’escalier de la maison, il brandit un drapeau. Et c’est bientôt la Guerre Civile, il a rejoint le front républicain. Il est tué.

Natalia raconte son combat pour nourrir ses enfants, joyeuse, énergique, ardente envers et contre tout. C’est l’histoire des femmes dans les guerres.

Sur la scène, elle raconte à un jeune homme, son fils peut-être ou le souvenir de son mari, et ce moment unique de théâtre : le partage de l’émotion. C’est Natalia, Mère courage de Catalogne, “Colometa” – petite colombe.

Martine Pascal

La mémoire d’une femme

Je me souviens de cet homme, un très proche qui a survécu aux camps de la mort: pendant cinquante ans toutes les nuits en a revécu le cauchemar; pendant cinquante ans il se tait – comme la plupart –  puis un jour il écrit, il livre enfin à sa fille et à son fils, ce dont sa chair est marquée à jamais.
Je me souviens de cet homme quand je relis La Place du diamant de Mercè Rodoreda qui est l’histoire d’une femme marquée elle aussi par la guerre. J’imagine qu’après beaucoup d’années cette femme, Colometa – petite colombe, débonde enfin son cœur. Tout comme Mercè Rodoreda n’a réussi à écrire son roman qu’après un long temps de silence.
Une femme seule raconte : Natalia la petite marchande de bonbons du quartier de Gracia de Barcelone. Et arrivent sur le théâtre la fiancée en jupe claire trop serrée à la taille par l’élastique du jupon, la mariée en robe blanche, la veuve qui erre dans les rues, toute noire avec la tache blanche du visage.

Un jeune homme écoute.

Aujourd’hui elle parle, elle peut dire ce qu’elle n’a jamais dit qui a vécu si longtemps en elle au point de la faire crier. Une vie comme toutes les vies. Et puis un jour d’avril dans le parfum des boutons de roses, toute la peine du monde, parce qu’elle a croisé le destin de l’Histoire. L’Histoire telle que peuvent la vivre les gens dans le déroulement d’une vie simple et nue.
Voix minuscule et pourtant essentielle que nous entendons par le prisme de la fiction de Mercè Rodoreda.

Oui ce qui me touche surtout c’est le grain de la voix. L’écriture, sensible, concrète, visuelle, active.
Ici pas de pathos. Le récit avance, vif, allègre comme on voit cette femme trotter le long des rues le jour même où elle court chez l’épicier acheter une  bouteille d’acide chlorhydrique pour tenter d’en finir, elle et ses enfants.
Cernée par le malheur et par la mort elle est résolument du côté de la vie.
Elle est une héroïne par la force du soliloque d’où vient tout le théâtre, elle rejoint Electre, elle rejoint Antigone avec leur aridité, leur incandescence.

Sur ce monde en décomposition elle porte son regard clair, lumineux. De son courage, de sa force de résistance naît l’espoir. Elle nous rappelle que même au plus profond de la guerre on continue à vivre, envers et contre tout.

Gilles Bouillon 

du 20/02 au 11/03/2019

Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30
Les jeudis et samedis à 19h00
Les dimanches à 17h00
Relâche les mardis

à partir de 12 ans
Durée du spectacle : 80 minutes

Traduit du Catalan par Bernard Lesfargues avec la collaboration de Pierre Verdaguer
Texte publié aux Editions Gallimard.
Adaptation de Michel Cournot et Gilles Bouillon

Mise en scène Gilles Bouillon

Scénographie et costumes : Nathalie Holt

Musique : Dominique Probst

Crédit photo: © Nathalie Giraud

Crédit dessin: © N. Holt

Avec
Martine Pascal et Gregor Daronian

 

 

 

Production Compagnie Gilles Bouillon
La Compagnie Gilles Bouillon est subventionnée par le Ministère de la Culture

Coréalisation Théâtre de l’Atalante